Essais de Paroles

Des textes de fiction que j'ai envie de partager, tout simplement...

21 avril 2006

Lettres rouges sur fond noir

Je crois bien que c’est ce soir-là que j’ai perdu la mémoire…
Ce soir-là… je m’en souviens pourtant. On sortait juste d’un café  où pendant des heures, l’on avait refait le monde à coups de bières. Alors un de nous quatre mais je ne sais plus lequel au juste, a proposé de partir au centre ville dans un endroit jazzy sympa. Juste finir la soirée, d’accord ? Une heure maximum d’accord ? D’ailleurs il fallait se lever tôt le lendemain, il fallait étudier. Les examens n’attendraient pas. Les profs non plus. Fichu monde. Bon.

Donc on est monté à quatre dans la petite Peugeot aussi sale et grise que le temps. Deux minutes avaient suffi à nous mouiller complètement les cheveux et les fringues, alors nous les filles, on s’est serrées l’une contre l’autre sur la banquette arrière. Les garçons devant, tout aussi trempés que nous, cherchaient le chemin, en plissant le front, en lâchant des jurons que j’ose pas répéter. Dehors, que de la pluie, que du vent, que du froid, que les passants toujours aussi pressés et moroses. Les essuie-glaces s’acharnaient dans un petit bruit têtu et répétitif. Dans la voiture, buée partout sur les carreaux. Et la radio à fond la caisse pleurait du Cabrel : « Petite Marie » qu’elle s’appelait la chanson. Et Marie mon amie, je voyais bien qu’elle avait le cœur à l’envers, mais je ne disais rien, j’entendais sa détresse, oh ! pour ça je suis passée maître dans l’art des devinettes, ça s’infiltre dans mes veines en frissons.
Bon c’est pas tout ça, au bout d’un quart d’heure dans une voiture complètement embuée, on est arrivés devant le café en question. Des flots de musique coulaient jusque sur les pavés mouillés, les colorant soudain de petites tranches de lumière et de vie. On a garé la voiture pas trop loin, on lui a dit de nous attendre patiemment, qu’on n’en avait pas pour longtemps, mais ça c’était pour ne pas l’inquiéter, car d’habitude on sait quand on y entre dans ce bistrot mais pas du tout quand on en sort.
Et donc, en courant pour ne pas se faire tremper à nouveau, capuche sur les yeux comme des petits moines affairés, on s’est engouffrés dans la musique et la fumée. Une table tout contre la porte d’entrée se libérait pour nous. On s’est ébroués, on a soupiré d’aise et on s’est installés, entassant nos vêtements pêle-mêle sur une chaise libre piquée à la table à côté. Pas cinq minutes s’étaient écoulées qu’on était plongé chacun dans une bière géante. On était bien tous les quatre autour de la petite table à écouter la musique de blues qui pleurait et cognait ses nostalgies. Déjà nos corps prenaient le rythme, nos têtes hochaient des oui répétés indéfiniment, nos yeux partaient dans la transe, on tanguait ensemble, on était bien, on était nous, on s’aimait tous les quatre, et dans ce lieu rempli de bruit, de rythmes, de guitares, de spots et de fumées, on savait qu’on était des amis à la vie à la mort.
J’étais avec Franck. Marie avec Guillaume. J’aimais Franck bien sûr, je l’aimais comme on aime à vingt ans, avec espoir et désespoir. J’aimais aussi Marie, mon amie, ma sœur, mon double. Et Guillaume, je l’aimais parce que Marie l’aimait, aussi simple que ça…

Oui, je crois que ma mémoire s’est tordue ce soir-là…
Franchement, on ne les a pas vus entrer. Il y a eu peut-être un courant d’air quand la porte s’est ouverte, quelques gouttes de pluie sont entrées de force…Je ne sais plus. Ils se sont installés à la table d’à côté en riant très fort… trop fort. La radio s’épuisait à présent dans des rythmes africains vibrants. Il n’y avait plus grand monde dans le bar. Normal, il était tard, les braves gens à cette heure ronflaient depuis longtemps.
Nous étions tous les quatre dans la musique jusqu’au cou, et dans la bière, et dans le chaud du petit bar, le cœur basculant dans une douce langueur, presque couchés sur la table, nos lèvres arrimées à celles de notre amour. Guillaume et Marie. Franck et moi. Terrible besoin de nous ancrer dans la tendresse…Car tant de souvenirs nous oppressaient et restaient collés sur nos peaux à Marie et à moi, comme des sangsues voraces, qui ont besoin de boire le sang de leur victime pour survivre.  Chut Marie, ne dis rien. Chut ma douce, je sais, JE SAIS, surtout ne dis rien. Chut, regarde Guillaume : il est grand, il est beau, il t’aime, il ne ressemble pas à l'autre. Te fera pas de mal…jamais.

Ce soir-là j’ai définitivement perdu la mémoire du bonheur.

Ils sont entrés et se sont installés bruyamment à la table d’à côté. Trois jeunes à nous réclamer soudain qu’on libère LEUR chaise. Et plus vite que ça ! Plongés dans la musique, on ne faisait pas vraiment attention à eux. Mais c’est qui ceux-là ? Et que veulent-ils ? La chaise ? Mais quelle chaise ? ah ! oui, celle où on a mis nos vêtements…Cool les mecs, a dit Franck, faut pas s’énerver comme ça…
Personne n’a rien vu venir. Personne. L’un des trois, je ne saurai jamais lequel mais je m’en fous ce n’est pas important, a brusquement levé le bras. L’a dirigé vers nos visages aussitôt en état d’alerte. Il avait quelque chose en main, qu’il brandissait en ricanant. Il a appuyé à petits coups de bravade sur l’embout d’un aérosol, pshiiiiit cela a fait, et encore et encore…cinq fois de suite et sans doute plus, je ne sais pas…On s’est levés brusquement, portant nos mains d’un seul coup à nos visages, dans un geste trop tardif de protection. J’ai cru, oui j’ai cru qu’il projetait sur nous de l’essence et qu’il allait…avec une allumette…Je vous jure que j’ai cru cela ! La peur nous fait croire le pire. La peur qui d’un seul coup déchire le ventre. Voilà je me suis dit c’est fini, on va bêtement mourir tous les quatre dans ce café ringard, mourir avant même d’avoir vraiment vécu. Paf comme ça ! Un petit fait divers dans les journaux de demain. Que les gens liront indifférents. Un de plus, un de moins ça ne fait pas la différence…Et dire qu’on n’a même pas passé nos examens ! C’est trop bête. Si seulement on pouvait revenir deux minutes en arrière, rien que deux petites minutes, on aurait deviné, on les aurait empêchés, on les aurait maîtrisés…

Je crois que c’est ce soir-là que j’ai perdu la mémoire de tous mes avenirs…
Nous avons crié tous les quatre et ce furent des cris sortis du plus profond de nos ventres affolés. Quatre cris sortis de nos tripes. Pas des cris, des hurlements plutôt. Mais non, rien n’est sorti de nos gosiers brûlés. Trop mal. Mon Dieu que cela faisait mal.
Nos yeux aveuglés ne les ont pas vus partir. Personne d’ailleurs. Ils sont partis comme ils étaient venus, vite, ni vu ni connu, en riant sans doute…non mais t’as vu ces cons de chez cons comme ils  étaient cons ? HAHAHA …
Franck et moi, Marie et Guillaume nous avons hurlé sans bruit, sans mots, sans aucun son. Gosiers brûlés. Plein les yeux. Plein la bouche. Au secours, que s’était-il passé? Trois adolescents en panne de distraction sont entrés ce soir-là dans le bar où nous rêvions de nos terres d’espérance, et ont joué à faire peur. Ben oui, ils s’ennuyaient…Alors…. Pshit, comme ça. Pour voir, pour rire, pour déconner, pour passer le temps, pour se le prouver, pour provoquer, pour délirer…
Nous avons dû crier, je ne sais pas, je ne sais plus. Tout s’est effondré. Autour de nous. En nous. La brûlure, respirer, oh ! respirer… Franck était devenu statue de sel, immobile, pétrifié. Il ne bougeait pas, il ne bougeait plus. Figé, les yeux fermés, la main à la gorge, il tentait de reprendre souffle. FRANCK… réponds moi ! Franck mon amour paralysé.

Ce jour-là j’ai perdu jusqu’au souvenir du bonheur.
Je me souviens, il ne fallait pas tomber, surtout ne pas s’écrouler. Autour de nous on s’affairait. Quelqu’un avait appelé le 101. Des policiers sont entrés peu après, le geste un peu brusque. Il était deux heures du matin. Ils étaient fatigués. C’était leur dixième intervention ce soir-là, alors…
Alors, quand c’est la dixième intervention, on est un peu blasé, on a cessé depuis bien longtemps de croire en la bonté de l’homme et tous ces machins de curés, on pare au plus pressé, on ne fait plus tellement dans la dentelle. On secoue, presque en s’énervant, ces étudiants en pleine crise d’hystérie : « Allons, allons, c’est pas grave, ce n’est qu’une bombe lacrymogène, ça va passer, arrêtez votre cinéma ». Parce que c’était nous qui faisions du cinéma, bien sûr ! Avec la gorge piquetée de mille brûlures, et les yeux qu’on ne pouvait plus ouvrir. Et le corps qui ne nous répondait plus. Et surtout la peur, qui battait une chamade d’enfer dans nos poitrines… terrible sensation d’impuissance.
La fatalité avait pris en ce soir de pluie, l’apparence de trois ado boutonneux…un cauchemar,  Marie, tu es là ? Marie, réponds-moi ? Marie…Franck…Guillaume, vous êtes où ?
Mes yeux lentement s’ouvraient à nouveau…des kilos de béton sur les paupières. Franck là, à côté de moi, toujours paralysé, s’il vous plait docteur, s’il vous plait…qu’est-ce qu’il a Franck ? Du calme, du calme, ça va s’arranger, c’est une question de minutes. Piqûre pour les filles, faut vous calmer les filles, mais que faisaient-elles encore dans ce café à des heures aussi tardives ? Pour un peu, on allait dire que c’était bien fait pour nous, que ce serait une bonne leçon. Une bonne leçon, assurément.
On nous a gardés tous les quatre aux urgences de la clinique la plus proche durant le reste de la nuit. Au petit matin, on a pu rentrer chez nous. On a retrouvé notre petite voiture qui se désespérait de nous attendre. Elle s’inquiétait, terriblement. Normal, toute une nuit sans nouvelles, c’est long même pour une bagnole un peu patraque.
Vous êtes sûres que ça ira les filles? Les garçons s’inquiétaient, ne voulaient pas nous laisser aller.  Ça ira, pas s’en faire les garçons, pas s’en faire, on en a vu d’autres…
On est rentrées Marie et moi dans notre kot d’étudiantes, on s’est blotties l’une contre l’autre, on a tenté de se réchauffer, on a pleuré un peu, puis on s’est endormies toutes les deux, presque pacifiées.

Le pire était encore à venir.
Parce que c’est bien ce jour-là que j’ai quitté ma source et ma terre d’espérance.
Franck et Guillaume sont arrivés chez nous bien plus tard dans la journée. Visages fermés, visages prisonniers de la peur, visages sillonnés de haine. Sans un mot, Franck a déposé un paquet sur la table de la petite cuisine. Marie et moi, on ne bougeait pas, paralysées à notre tour, en découvrant ce que c’était. Une bombe lacrymogène, lettres rouges sur fond noir, un coup-de-poing américain et son opinel…Je les aurai ces salauds, répétait Franck dans un refrain obsédant…ces salauds, ils nous le paieront, tu verras, je leur en mettrai plein la vue, tu verras, tu peux compter sur moi. Allez Guillaume on y va…
Franck, non, NON ! Mais il ne m’entendait plus englué dans sa rage, dans sa soif de vengeance. J’ai regardé Marie, puis je me suis tournée vers Guillaume : Guillaume s’il te plaît, dis quelque chose. Mais il haussait les épaules. Marie hoquetait des petits sanglots de détresse. Marie, ma douce, ne pleure pas…ça va leur passer. Alors j’ai secoué Guillaume, et j’ai hurlé : laisse ça tranquille. N’y va pas ! On n’en veut pas de votre vengeance. On a eu notre dose, tu comprends pas ? Franck, s’il te plaît, mon amour, prends-moi dans tes bras, caresse-moi doucement, restons ensemble aujourd’hui peau contre peau… Et je me suis collée contre lui. Mais sa joue était de pierre. Ses bras étaient de pierre. Mon Dieu, mon Dieu…comment remonter la rivière, lutter contre le courant mauvais, revenir à la source, aux murmures joyeux de notre amour, au cristal de notre tendresse ? J’avais juste la force de coller mes lèvres contre les siennes. Comme une furie. Mais ses lèvres aussi étaient de pierre. Pierre coupante et froide comme les mots qu’il enfilait à la chaîne : je les aurai ces salauds ! Voilà ce qu’il répétait, encore et encore, comme un refrain qu’on ne chante qu’en enfer.
Alors je suis devenue de pierre à mon tour. Je me suis détachée de Franck, suis allée dans la cuisine me faire un peu de thé. Marie silencieuse m’avait suivie. Mais soudain nous avons sursauté : la porte d’entrée venait de claquer…cela a fait un choc dans ma tête, mon cœur et mon ventre. Un choc d’histoire d’amour qui va se fracasser contre l’innommable.

Quelques mois plus tard, nous étions appelées à la barre, Marie et moi. Sur la table devant nous, une bombe lacrymogène lettres rouges sur fond noir, un opinel et un coup-de-poing américain.

N.V.

Ecrit par Coumarine à 21:33 - Nouvelles - Un avis là dessus?[16] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

11 avril 2006

Quelqu'un a téléphoné

- Quelqu’un a téléphoné, dit-il doucement, sans oser la regarder. Il faut dire que cela fait un moment déjà qu’il n’ose plus vraiment la regarder.
Elle n’entend pas, elle a quitté le temps, le temps d’avant, le temps où elle répondait au téléphone quand il sonnait.
Il hoche la tête, se lève laborieusement, va vers elle, la touche du bout des doigts, comme par mégarde ou distraction
- Quelqu’un a téléphoné dit-il encore, mais il n’a pas dit son nom.
Elle ne réagit pas, elle n’est pas là, son regard dérive, sa bouche se fait boudeuse, ses mains sur ses genoux racontent inlassablement une histoire d’avant, s’agrippent l’une à l’autre dans des gestes désordonnés et compulsifs.
- Quelqu’un a téléphoné, répète-t-il comme pour lui-même, car il ne sait que trop bien qu’elle ne répondra pas, qu’elle ne répondra plus. Il est trop tard. Elle s’est trop éloignée de son histoire. Et ses mains pétrissent un quotidien devenu inutile, les doigts se tordent en supplications vaines, la peau grisaille d’être triturée de la sorte.
- Je crois dit-il que je sais qui a téléphoné. Bien sûr il n’a pas eu le temps de dire son nom, d’ailleurs on a été coupé, ou c’est peut-être moi qui ai raccroché, parce que tu vois, je n’ai plus tellement envie de l’entendre. Ou alors c’est lui qui a raccroché, je ne sais plus très bien.
Il parle en fait pour lui-même, continue tout seul son discours intérieur, parce qu’elle, c’est comme si elle n’était pas là, ou alors très malade, ou alors très absente, ou alors déjà dans la mort. C’est ça, déjà dans la mort, c’est pire encore…
-Je crois dit-il tout bas, tellement bas que même les photos sur l’armoire semblent tendre l’oreille, je crois bien que c’était lui… Je crois que j’ai reconnu sa voix, il n’a pas changé tu sais…
Elle est toujours plongée dans l’étrange danse de ses mains décharnées. Elle n’entend plus, pourquoi insister ? Il y a juste un sourire de petite fille sur son visage de vieille femme, deux ou trois gouttes de bave au bord des lèvres et quelques éclats de larmes dans ses yeux qui dérivent. Ses yeux sont comme des barques fragiles qui vont à l’abandon se perdre dans les hautes herbes. Y a-t-il encore des yeux dans ses yeux ?
Il la regarde navrée, pose ses mains nouées de travailleur sur ses mains de colombe fragile, tente de dénouer les doigts, il doit forcer un peu, les doigts résistent, ils ont leur propre combat à mener on dirait.
- Il a téléphoné tantôt, vers 5h. Mais il n’a pas parlé longtemps, il a raccroché aussitôt.
C’est fini, il y a longtemps qu’il n’attend plus de réaction mais il continue pour lui-même son petit refrain comme un enfant entêté, et sa voix tente de rester calme, une voix posée et polie, mais on entend bien que ce n’est pas vrai, c’est une voix de désespoir, oui de désespoir.
- Il a dit que…
Elle se lève brusquement. Elle grommelle, avance un pied puis l’autre, patauge dans ses pas malhabiles, et tombe lamentablement avant même qu’il ait pu réagir.
C’est ce soir-là, pas avant je vous le jure, que l’idée est entrée pour la première fois dans sa tête lasse et découragée.
Parce qu’elle ne se contente plus de rester immobile, sans paroles, sans oreilles, sans baisers. Elle s’est mise à oublier tout tellement fort, tellement complètement, qu’elle est en train d’oublier qu’il est son homme de toujours. Elle le prend pour un méchant homme qu’elle ne connaît pas, dont elle doit se défendre, alors elle devient menaçante… elle prend des fois le couteau sur la table de la cuisine. D’ailleurs maintenant, il les cache les couteaux.
L’autre jour elle n’a pas reconnu ses enfants. Elle a juste empoigné des ciseaux.
Alors, il a su qu’il était temps, qu’il n’avait plus d’autre solution…

Ecrit par Coumarine à 23:12 - courts récits - Un avis là dessus?[10] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

08 avril 2006

Cuisine intérieure (fin)

Un trajet comme dans un rêve et le bruit oh ! ce bruit je ne le supporte plus ma tête va éclater c’est ici faut que je descende pardon monsieur pardon madame laissez-moi passer. Pressée de partout par des gens indifférents elle saute d’un bond sur le quai, elle serre bien son sac contre elle faut faire attention on rencontre de tout maintenant dans les couloirs du métro regarde celui-là couché sur des papiers journaux la guerre en Irak marre de la guerre en Irak qui se soucie de ma guerre à moi ? L’escalier roulant la happe de son ralenti grondant, entraîne le cortège serré vers une bouche de ciel bleu ouf ! je respire quelle horreur ces sous-sols puant la pisse. Autour d’elle les bruits les odeurs arc-en-ciel de la ville personne ne sait rien de personne c’est où qu’ils vont tous comme ça ? Elle se hâte tout en se freinant vers le grand cataclysme qui a coupé sa vie en deux oh ! ma petite douce comment sera-t-elle aujourd’hui depuis des semaines que ça dure et rien ne change rien. Comme chaque fois qu’elle y pense, son ventre vertige. Au coin de la rue, le grand bâtiment la nargue du haut de ses neufs étages gris hautain, c’est terrible un tel concentré de souffrance ! Elle franchit la porte petite fusée impatiente dont l’angoisse bat soudain la chamade. L’ennemie l’attend dès l’entrée. Implacable. L’odeur ! Pas l’odeur du bonheur, des légumes des oignons des échalotes. Pas l’odeur des éclats de rire autour d’une table où l’on savoure de la tendresse à pleines dents à plein cœur. Non ! L’odeur blanche des couloirs blancs des tabliers blancs des visages blancs. L’odeur blanche qui s’insinue dans chacune des veines et les pétrifie de glace comment sera-t-elle aujourd’hui mon Dieu mon Dieu je t’en supplie m’est avis qu’il est dur d’oreille ça sert à rien. Dans le fond du couloir usé par des milliers de pas de détresse, le grand ascenseur choc du départ léger vertige. La tête lui tourne faudrait vraiment que je mange un peu mieux si je veux tenir le coup. Quatrième étage pardon monsieur pardon madame c’est ici je dois descendre. Elle se trouve dans le couloir du cataclysme. Ici chaque porte cache un cataclysme comme un secret honteux derrière des gémissements d’enfants non ! pas penser aux autres en plus ça sert à rien qu’à me démolir le moral voilà j’y suis.

Chambre 423. Elle entre à petits pas prudents dans la chambre où ronronne et toussote le bruit saccadé du respirateur rien n’a changé depuis hier rien n’a changé depuis tout ce temps c’est à devenir dingue. Sur le lit l’enfant dort immobile et pâle reliée par une dizaine de tuyaux à une vie dérisoire. Elle s’approche et s’arrête juste au pied de ce lit devenu trop silencieux comme elle est belle ma petite princesse. Elle prend doucement la main de l’enfant, la pétrit dans les siennes, se penche sur le front, le caresse longuement, lisse les cheveux noirs devenus collants à force d’immobilité oh ! mon petit amour je suis là je t’en prie dis moi quelque chose il est temps de te réveiller temps de t’habiller temps de sortir d’ici temps d’aller chercher Papa réveille-toi je t’en prie je t’en supplie.  Ses yeux s’écarquillent soudain sur la machine toute puissante qui commande ce ronronnement obsédant. Elle suit la promenade du fil jusqu’à la prise ancrée dans le mur blanc. La prise qui a le pouvoir de vie et de mort sur sa toute petite fille mon Dieu et si je…

La porte s’ouvre. Le médecin entre. Il rajuste le col de son tablier blanc qu’il vient d’enfiler. Elle suspend son geste. L’odeur blanche….

Elle va bientôt savoir.

N.V.

Nouvelle publiée dans le recueil de nouvelles "Parfums". Editions Luce Wilquin.2003

Ecrit par Coumarine à 18:29 - Nouvelles - Un avis là dessus?[10] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

05 avril 2006

Cuisine intérieure (3)

Ses mains commencent une promenade tendre sur son corps sur ses seins aussitôt attentifs oh comme c’était bon quand il me caressait partout je pouvais pas lui résister. Son regard s’attarde un instant aux rideaux de la chambre qui l’appellent vers la lumière ces rideaux sont vraiment sales depuis le temps que je ne les ai pas lavés et les vitres mince ça fait une éternité. L’appel est pressant, irrésistible. Les draps stupidement chiffonnés d’un côté seulement lui rappellent sa solitude. La lueur ensoleillée qui vient de la fenêtre la berce, elle ferme les yeux et s’abandonne à cette caresse sans visage Dieu que c’est bon ce soleil de printemps ! Pour un peu elle se mettrait à espérer mais oui pourquoi pas ça paraît évident espérer que tout redevienne comme avant pourquoi ça nous arrive pourquoi ? Espérer que le cauchemar s’arrête là-bas à l’autre bout de la ville aller retour tous les jours depuis trois mois et je suis impuissante ça me rend folle. Alors l’homme lui reviendra amoureux et repentant où est-il maintenant si au moins il pouvait me téléphoner ou m’envoyer un sms s’il te plaît un tout petit sms je crois que j’entends la grille
Elle se précipite à la porte son cœur s’emballe, elle respire bruyamment, jette un coup d’œil rapide dans le miroir Seigneur je crois que c’est lui mais c’est pas possible d’être affreuse à ce point. Vite. VITE. Trois secondes et les larmes sont reniflées les cheveux domptés un sourire accroché sur sa figure sillonnée de chagrin mon Dieu mon Dieu faites que ce soit lui je vous en prie. Elle ouvre la porte. Une  grande silhouette se détache sur fond de soleil bonjour Madame bonjour Facteur je dois signer ici d’accord au revoir oui merci bonne journée à vous aussi. Geste de colère. L’enveloppe atterrit sur la petite commode de l’entrée j’en ai rien à faire de cette facture bon c’est pas tout ça faut que j’y aille maintenant. Elle se plante un court instant devant le miroir tanné qui s’obstine à la regarder de travers. Elle renonce à coiffer ses longs cheveux couleur terre de sienne. Elle est comme une sirène qui a cessé de chanter pour les marins disparus y a plus rien à manger dans cette maison…faut absolument que je fasse quelques courses j’irai en rentrant de là-bas facile les plats surgelés préparés tout faits. Elle se répète les mots comme une incantation magique destinée à lui donner du courage : il est temps d’y aller il est temps d’y aller le médecin a dit qu’il voulait me parler mais je sais bien ce qu’il va me dire il s’imagine quoi que je suis une idiote qui ne se rend compte de rien ? Elle claque la porte d’un petit coup sec et tranchant comme sa vie coupée en deux par l’annonce guillotine. La grille pleure sa plainte rouillée tantôt c’est promis je mets de l’huile c’est trop sinistre. Elle se hâte elle court vers le métro mais dans son corps c’est comme un ralenti moite, une vie coupée en deux. Une partie rapide joyeuse enthousiaste gît à terre pantin décapité et l’autre partie celle qui vit encore, n’y croit plus du tout  et fait les gestes comme si.

(A suivre)

Ecrit par Coumarine à 23:55 - Nouvelles - Un avis là dessus?[0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

04 avril 2006

Cuisine intérieure (2)

Assise sur la chaise en bois de sa petite cuisine, elle fixe d’un air hagard les chaises vides celle de droite puis celle de gauche il n’a pas voulu d’autre enfant tout s’est écroulé tout faudrait absolument mettre un peu d’ordre ici. Des odeurs de repas fusent déjà en bouffées colorées de l’appartement d’à côté, des odeurs de cuisine africaine, des odeurs épicées et chaleureuses, des odeurs de bonheur simple autour d’une table où l’on mange du poulet mijoté longuement dans du safran, du curry et du paprika. Dans sa cuisine il n’y a plus que des odeurs froides d’un repas que personne ne prépare pour personne. Les portes des armoires sont fermées, le livre de recettes s’obstine à rester silencieux sur l’étagère et les bocaux à épices patientent résignés mais j’y pense… il est peut-être parti pour une autre après tout qu’est ce que j’en sais une qui pleure pas comme moi sans pouvoir s’arrêter depuis l’annonce guillotine je vais prendre une aspirine zut ! y en a plus faut que j’aille à la pharmacie. Sur la chaise de droite un ours en  peluche s’est pétrifié dans l’attente.
Elle pleure maintenant, les larmes coulent librement sur son visage faut que j’arrête mon maquillage est en train de couler j’aurai l’air de quoi bon faut que je me secoue. Elle se lève. La tête lui tourne normal j’ai encore rien mangé ce matin j’ai pas faim je devrais boire au moins une tasse de café. Elle va vers la machine qui ronronne bientôt  dans un doux bruit rassurant comme ça sent bon le café il adorait son café du matin il en prenait toujours au moins trois tasses. Une vague secoue son ventre et la submerge je me sens pas bien faut que je me couche. Elle court dans la grande chambre juste à côté et se jette dans sa détresse secouée tout entière par la nausée de son chagrin mais comment je vais faire dis-moi comment je vais faire pour vivre sans eux ? Les ressacs de ses sanglots s’apaisent doucement. Elle se relève. Son regard accroche l’image de cette belle jeune femme dans le miroir de la garde robe c’est vrai il me disait toujours que j’étais bien foutue pas comme la nana d’en face boudinée dans ses pantalons trop serrés mais elle s’imagine quoi qu’elle est un top modèle ?

(A suivre)

Ecrit par Coumarine à 19:37 - Nouvelles - Un avis là dessus?[0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

02 avril 2006

Cuisine intérieure

Elle est là, assise en silence à la table de sa petite cuisine. Son regard s’attarde sur les objets qui peuplent son quotidien mais quel bazar c’est incroyable ce que j’ai pu accumuler ! Des étagères surpeuplées menacent de s’écrouler il faudrait absolument que je fasse un peu d’ordre mais je dis toujours ça et je ne le fais jamais comment font les autres ? Des bocaux de confiture des pleins des vides, des bocaux remplis de boutons qu’elle ne recoud jamais, des bocaux qui thésaurisent les pièces d’un euro et surtout ses petits bocaux d’épices aux senteurs colorées, prisonnières d’un couvercle rageur et muet évidemment c’est malin comme si j’avais encore le temps de cuisiner ! Elle soupire… elle aimait ça, elle était même devenue un vrai cordon bleu. Elle lorgne du côté de son livre de recettes torturé par des doigts impatients et graisseux. Chaque page devenue silencieuse lui raconte un souvenir d’autrefois, un souvenir du temps du bonheur quand frissonnaient les petits légumes les oignons les échalotes, dans des éclats de rire et d’odeurs chaleureuses dire qu’on était si heureux tous les trois c’était dans une autre vie il y a longtemps il y a jamais.
Son regard voyage elle rêve et se demande… non elle ne se demande rien du tout ça tourne fou dans sa tête comme ces idiots de poissons là dans ce bocal obstinément rond c’est ça je crois que je suis en train de devenir folle. Ses mains s’agrippent à sa robe qui s’enchiffonne, ses yeux s’accrochent à la grande horloge qui veille compatissante entre les deux fenêtres je devrais la faire réparer  y a pas que ça d’ailleurs qui devrait être réparé dans cette maison de bordel de malheur et le robinet qui coule dans la salle de bain et la hotte qui a rendu l’âme… Elle a oublié que sa cuisine n’a plus besoin de hotte.

Chaque matin elle est assise sur la même chaise celle en bois de pin clair. Parfois elle se lève et va vers la porte n’ai-je pas entendu du bruit va–t-en le chat laisse-moi écouter. Elle croit entendre la grille gémir de son cri de porte rouillée faudrait vraiment que je me décide à la huiler c’est sinistre... fausse alerte bien sûr pourquoi je m’imagine toujours des choses ? Elle pense qu’il ne rentrera plus à cause de la nouvelle qui leur est tombée dessus comme une guillotine et qui a tranché leur vie en deux mais qu’est-ce que j’ai fait au Bon Dieu pour mériter ça ? C’est une nouvelle de cataclysme, une nouvelle de fin du monde. Elle le sait… les femmes ressentent cela au fond de leur ventre. Même si les médecins lui assurent le contraire courage Madame qu’ils me disent avec une petite tape dans le dos avant de répondre au téléphone avec un air sévère c’est drôle les médecins ont toujours un air sévère quand ils parlent aux gens. Mais elle secoue la tête. Les mères savent les choses avant les médecins. Et l’homme, son homme … était-ce donc si difficile d’affronter les larmes, de les laisser couler librement en se lovant dans les bras l’un de l’autre d’ailleurs c’est simple je l’ai jamais vu pleurer un homme ça ne pleure pas tout le monde le sait mais pourquoi bon dieu de bon sang ça peut pas pleurer quand on reçoit une nouvelle de fin du monde ? L’homme est parti l’homme a fui, c’est aussi simple que ça. Et en même temps très compliqué. Qui peut expliquer ce qui se passe dans la tête d’un homme quand la vie se coupe en deux ? Une explosion un ouragan une tornade un raz de marée…

(A suivre)

Ecrit par Coumarine à 23:45 - Nouvelles - Un avis là dessus?[4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

30 mars 2006

Commencements d’aurores

Encore un jour…
appliquée à toucher l’excès
je vertige de vivre.

Femme en qui la mémoire s’interroge
je recense les espaces de lumière
les commencements d’aurores
et je recouds consciemment
les déchirures extrêmes…
les cicatrices s’effilochent
et se diluent au fil du temps.

Encore un jour à moi
vite ma petite douce
ce sera peut-être le dernier
ne t’attarde pas à l’inutile
et s’il faut que pour renaître
ta plume s’applique à l’inédit
laisse-la franchir les parapets
laisse-la quitter le fil funambule
plonger à gauche dans les champs de lavande
et te rouler à droite dans les parfums du soleil.

Laisse-toi ma toute belle
te couler dans l’herbe vagabonde
laisse tes seins se gorger de caresses
laisse ton corps déserter le cruel
ne rentre pas dans les rangs des pantins
la ronce ou l’insecte sournois
n’ont pas de prise sur les voyageurs
lestés de leur poids de bagages rouillés

Il est temps de risquer le vivant !

Ecrit par Coumarine à 09:05 - on dirait des poèmes... - Un avis là dessus?[1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

28 mars 2006

Une histoire de clé

matissela_conversation

(Matisse: la conversation)

-          Victor…

-          Oui, Madame la Comtesse…

-          C’est terrible mon petit Victor.

-          Oui, Madame la Comtesse.

-          Je l’ai cherché toute la journée, je ne l’ai pas trouvé.

-          Madame la Comtesse n’a peut-être pas bien regardé ?

-          Victor, comment osez-vous me parler sur ce ton ? Et d’ailleurs que faites-vous ici, à cette heure tardive et en pyjama encore bien…beau pyjama rayé ma foi…en soie semble-t-il…C’est à de telles dépenses futiles que vous consacrez l’argent de votre salaire ? Victor, voyons quel manque de sérieux, quelle frivolité…Victor, sortez de ma chambre, si le Comte vous voyait ici en tenue de nuit, il se ferait des idées…sortez, voyons ! Victor…qu’attendez-vous ?

-          Je fais humblement remarquer à Madame la Comtesse que c’est elle-même qui m’a appelé pour me demander mon avis sur le problème qui la préoccupe depuis ce matin. Où Madame la Comtesse croit-elle avoir déposé la chose ?

-          Victor…mais c’est vous qui avez sûrement dû la ranger quelque part, avec votre manie de l’ordre…où l’avez-vous mise Victor, où l’avez-vous cachée ? Ce n’est pas possible à la fin. Cet homme me rendra fou avec ses airs supérieurs de majordome offensé ! Mon petit Victor, soyez-en sûr, vous avez intérêt à la chercher, et cela va sans dire, à la trouver, si vous désirez conserver votre place au château de Monsieur le Comte. Il est bien bon celui-là de garder à son service un abruti comme vous. Allez Victor, allez, mettez-vous au travail !

-          Que Madame la Comtesse me pardonne, j’ai déjà remué le château tout entier, j’ai regardé partout au fond de la cave, entre les bouteilles de vieux vin, dans la tour, au grenier et même dans la chambre de Monsieur des fois qu’il se serait trompé et aurait pris la vôtre pour la sienne. Il se fait vieux après tout et myope, le pauvre, il aurait pu confondre…cela lui est déjà arrivé.

-          Cela suffit Victor, ne parlez pas de Monsieur sur ce ton. Partez maintenant et ne revenez pas les mains vides

-          Que Madame la Comtesse me pardonne…

-          Assez Victor avec vos petits airs compassés…qu’il y a-t-il encore ?

-          Madame la Comtesse, je serai franc avec vous : je crois que l’objet se trouve caché dans les plis de votre robe, ou peut-être tout au fond de votre poche, ou plutôt je crois, égaré dans votre corsage…Permettez, madame la Comtesse que je vienne vous aider à mettre la main sur la petite chose égarée…

-          Victor, que dites-vous là ? Je perdrais à ce point la mémoire… ? Je l’aurais mise moi-même dans les plis de mon corsage ? Quelle écervelée je fais. Victor, mon petit Victor, approchez je vous prie. Allons ne faites pas le timide, venez là près de moi, venez contre moi, mettre la main vous-même sur la petite clé de mon  boudoir…ENFIN mon petit Victor… !

Ecrit par Coumarine à 22:05 - courts récits - Un avis là dessus?[0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Une histoire de lune

blue_moon_de_chez_nono

La lune un peu ronde

versant sud

complote une trêve

déshabillée.

La lune derrière la tenture

versant nord

gomme une trace de larme

sur la vitre

Elle étire deux ou trois rubans

de satin blanc

l’air de rien

l’air de tout.

La rue est silence

la rue est vallée déserte

sans valises, sans bagages.

Les détresses sont ailleurs

désormais...

Ecrit par Coumarine à 01:08 - on dirait des poèmes... - Un avis là dessus?[3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

26 mars 2006

Il pèse combien celui-là?

A propos des mots, encore et toujours...

Celui-là pèse comme le frisson d'une plume légère. C'est un mot tendre, un mot soleil, un mot bonheur.

Celui-là pèse comme un boulet accroché au sol d'une cellule sombre. Il parle de cacophonie, de chaos, de cataclysme, de corruption, de croc-en-jambe, de carnivore...

Celui-là au contraire ne pèse rien...chuuuuutt.

Il n'a pas encore été prononcé.

Il hésite sur les lèvres qui le retiennent encore.

Mais ne vous y trompez pas. Il pèse déjà lourd dans la poitrine, la vrille en éclats d'arrogance. Et quand il surgira, il sera net, carré, anguleux. Il résonnera comme une sirène boulimique, déchirant les cauchemars des vieux au petit matin

Celui-là pèse son poids de vieilles photos ridées : c'est un mot d'autrefois, c'est un mot jauni que prononçait si souvent ma grand mère et qui me faisait sourire au coin du feu.

Celui-là pèse, comment dire, aussi puissant qu'un parfum d'aventure... Je saurai demain ou peut-être après si j'ai bien fait de le peindre aux couleurs de mes audaces vermeilles

Ou si au contraire, j'aurais mieux fait de l'encadrer bois de rose, au mur fané de mes timidités

Et je vais vous le dire: s'il est un mot que j'exècre, que je hais, que je déteste, c'est le mot "bonsaï" et ses cisailles et ses sécateurs qui s'acharnent sadiques sur chaque petit bout de feuille qui ose pousser le bout de son nez frémissant vers les odeurs de printemps

vers les pas de liberté...

Ecrit par Coumarine à 12:03 - cela me concerne... - Un avis là dessus?[6] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



Page suivante »